18 mars 2008

... Spring Time ...

Comme chaque année je reconnais l'arrivée du printemps à ce petit goût acidulé métallique qui se glisse telle une saveur fraîche et intriguante au creux de mon palais... Ben oui allez savoir pourquoi, c'est étrange, surprenant et je le remarque depuis plusieurs saisons déjà. Au départ, je pensais que c'était signe d'attachement, une simple réaction chimique à un coup de coeur, mais j'ai aussi remarqué que je n'avais pas d'amoureux à tous les printemps, alors j'ai fini par me dire que c'était juste l'arrivée de ma saison préférée que je ressentais de l'intérieur, et maintenant ça me rassure, je l'attends tout l'hiver avec impatience... Je me sens comme habitée par un goût, je n'ai jamais trop su l'expliquer mais c'est un fait. Alors comme chaque pré-printemps, à la vue de ces petites feuilles vert d'eau qui revêtent les arbres qu'elles ont délaissé tout l'hiver, à la senteur de ces odeurs de jasmin, de chèvrefeuille subtilement disséminées dans l'air un peu plus doux du matin, et donc de ce goût de fer sucré, j'imagine que je vais enfin réussir à mincir pour porter ces tenues légères, être grâcieuse et gracile à souhait, je m'imagine fine, printanière, le minois frais, lisse, enjouée, liberty, libérée... Oui comme si ce que je porte sur moi et qui aggrave mon IMC m'empêche d'accéder à une certaine aisance, à une certaine indépendance de mon corps. Oui mes rondeurs me gênent, elles me sclérosent, elles rendent insoutenable la non-légèreté de mon être. J'ai toujours eu l'étrange sensation que c'était à cause de ma silhouette toujours un peu trop débordante que je n'avais pas réussi dans la vie. Ok je vous vois réagir intérieurement, légèrement sciller une grimace, un "n'importe quoi"... Je sais, j'ai honte de dire ça tant l'essentiel est d'être en bonne santé, j'ai honte mais c'est ce que je ressens, ce que je subis. Ca fait d'ailleurs partie d'un point d'ancrage de mon travail du jeudi midi depuis quelques mois... Oui le jeudi midi c'est mon rendez vous avec moi-même. Mais je sens qu'il est justement profondément inscrit ce mal-être. Il représente à la fois la protection dont j'ai besoin et qui me permet de m'"entourer", de m'"armer" pour affronter ma vie de célibattante parfois épuisante et qui demande énormément d'énergie, mais il est aussi ce qui m'éloigne de ma féminité parfois. Alors j'essaie de le combattre tout en refusant un peu aussi de l'abandonner... C'est vrai, la recette je la connais, 20 points par jour c'est pas si compliqué, légumes et fruits à zéro, protéines à 2 ou 3, glucides, patati, patata, oui même les patatas sont à volonté si je veux... Pourtant je commence chaque lundi depuis 6 ans et que rien ne se produit, pas même un miracle! Pire, j'ai toujours eu le sentiment de lutter contre ce que je mangeais. Déjà vers 8 ans, là où mes copines se régalaient de chocolat, pour moi c'était tomate à la "croque au sel". De la croque au sel j'ai du garder ce goût pour le croque monsieur aussi en un sens, bref.... Le rapport à la nourriture est bien plus complexe qu'on ne le croit, et les théoriciens du désir devraient pouvoir enrichir ma micro-thèse... Comme si j'en étais un peu restée au stade oral. Bref, tout ça pour dire que pour la énième fois j'ai mis mon cerveau en mode projection, lui livre des images d'épinal et m'imagine mi danaïde mi sylphide... Ah la femme moderne!