12 décembre 2007

Merci pour le baiser

Voir une affiche sur un kiosque, trouver ça froid mais curieux. Voir une bande annonce à la télé qu'on ne regarde presque jamais. Bosser, être agacée de se répéter pour la dixième fois de la journée qu'on a du être vraiment vilaine dans une vie antérieure pour avoir atterri là dans ce vide intersidéral, brancher son mp3 pour oublier et gagner en rentabilité. Fredonner, avancer, écouter cette critique pour la troisième fois, oui c'est décidé, profiter de sa soirée de célibattante pour se le faire ce ciné. Ranger son bureau, se dépêcher pour être à l'heure et partager un café avec son amie qu'on est si heureuse de serrer dans ses bras après plusieurs mois sans avoir bavardé, échangé, ri, se dire que c'est toujours aussi bon! Se séparer en se promettant de ne plus attendre si longtemps, errer, se diriger vers le cinéma, chercher le film à l'affiche, voir qu'il est diffusé là bas d'où l'on vient, attraper au passage le dernier ventilo. Repartir, marcher dans l'autre sens, penser à lui l'air de rien, faire signe à l'arrêt. Une place pour un baiser s'il vous plaît. Un peu cher pour un baiser. Entrer, se mettre à l'aise, apprécier ce moment de solitude qui n'en est pas un. Regarder autour de soi, se rappeler qu'on les apprécie ces pauses rien qu'à soi. Ouvrir le journal, en effeuiller ses pages, lire son édito, se dire une fois de plus qu'il est engagé sans doute un peu trop, que tout n'est jamais ni tout blanc ni tout noir. Faire défiler l'agenda, entendre sa petite voix murmurer que ça nous plairait bien de bosser au milieu de tout ça, revenir sur quelques pages, tiens c'est vrai c'est b. Lire sa critique, trouver son style agréable mais son avis un peu snob, apprendre que l'acteur-réalisateur est marseillais, craindre son accent. Poursuivre, penser à qui pourrait nous accompagner vendredi au cabaret, oui mais se souvenir qu'on n'a pas du être à son goût. Puis refermer ventilo. Se plonger dans le noir. Regarder, découvrir, attendre, puis repenser aux mots de b., les trouver justes au final, se dire qu'elle avait raison, qu'une fois de plus ce choix de comédie sentimentale ne venait qu'alourdir son goût pour les choses lisses, se sentir un brin désuète, trouver ces intérieurs sans âmes, presque regretter d'avoir fait son salon blanc et marron. Puis peu à peu plonger, glisser, marquer un temps d'arrêt, savoir qu'on avait flairé dans ces courts extraits un brin de déjà vu, un curieux sentiment de déjà vécu. Oui, rester perplexe, reconnaître chaque idée, chaque geste. Les répliques sont parfaites, avoir eu aussi envie d'essayer juste pour ne plus jamais en avoir envie, avoir voulu faire le maximum pour que ça se passe mal, lui avoir demandé de tout faire pour ne plus penser à lui et être obligé de mettre tout en oeuvre pour que ce soit réussi pensant que ça démystifierait enfin leur envie. Avoir échoué, s'être retrouvés, avoir frissonné, s'être sentis si près si bien. Même l'italie est là. Se dire que c'est une blague, que ce type là qui a eu l'idée du scénario a lu ses mails, a écouté ses conversations, a volé notre histoire. Penser que son secret a été volé. Se dire qu'il est à nous ce script, tout est à l'identique. Même l'issue que nous n'avons pas encore vécue, même ces règles qu'impose ce baiser, cette charte de la vie secrète qu'il déclenche. Frissonner, penser à lui l'air de tout. Le désirer, l'aimer. Se ressaisir, se rhabiller, se dépêcher de sortir avant que les lumières ne brisent d'un seul coup l'obscurité. Retirer un billet, surprendre des 'tu te rends compte si ça t'arrivait', entendre à nouveau la petite voix murmurer 'si tu savais'. Faire signe à l'arrêt. Donner son adresse. Claquer la porte. Regarder défiler les éclairages de fin d'année, sentir cette larme glisser. Être heureuse. Comprendre qu'on n'est pas la seule à y avoir goûté, être déçue de se sentir dérobée de son secret, se dire que ce film nous appartient un peu mais surtout comprendre que pour une fois sa réalité est un rêve. Penser au titre de cette note, voir ses mots défiler, entendre son rythme. Redescendre en douceur, oui deuxième à gauche monsieur. Savoir qu'on sait ce que c'est qu'aimer. Merci. Bonne soirée. Monter les marches deux à deux, se connecter, ne penser qu'à l'écrire. Le raconter pour apprécier. Le relire. Continuer.